Août. Récit.Octobre. Récit.

Septembre. Récit.

 » à la Saint-Mathieu (le 21)
L’automne remplace l’été.  »
Les premiers jours du mois étaient consacrés à entrer la récolte de pommes de terre. A l’aide de bêches, les hommes arrachaient les plantes, les secouaient, le sol se trouvait jonché de pommes de terre. Femmes et enfants suivaient avec de grands paniers pour les ramasser en séparant celles réservées à la consommation familiale des petites destinées à la nourriture des animaux, (porcs, volailles, lapins). Le 12 nous allions à la foire aux dindes à GRâNE1 (Drôme). Pendant la guerre (39-45) nous y allions à vélo. A la Voulte nous empruntions le bac à traille pour traverser le Rhône, le pont ayant été détruit par un bombardement. Nous partions tôt le matin et revenions dans le courant de l’après midi avec deux dindonneaux à engraisser. Nous en achetions toujours deux, (s’il était arrivé malheur à l’un, nous avions quand même plus de chance d’en avoir un pour Noël !). Et si les deux arrivaient à bon port on sacrifiait le deuxième pour le 1er janvier.
 » En septembre, – on coupe ce qui pend. » Septembre, Vendémiaire le bien-nommé par le calendrier républicain. Les vendanges étaient le dernier temps fort des vacances scolaires. On s’aidait entre voisins. Quel plaisir pour les enfants de partir sur la charrette, debout entre les bennes et les paniers. C’est avec entrain que l’équipe de vendangeurs, hommes, femmes, enfants, envahissait les vignes aux couleurs chatoyantes de l’automne naissant. On picorait quelques grains à chaque grappe coupée, ce n’était pas du raisin de table, mais on se régalait. En particulier avec le  » Noha  » et le « clinton « . Peut-être parce que la culture de ces cépages était prohibée! Si nous faisions tomber des grains sous les ceps, en coupant les grappes, nous devions les ramasser. Cela ne nous plaisait pas trop, alors nous appelions  » Mirette » et  » Cassou « , les chiennes, qui s’acquittaient consciencieusement du ramassage, ce qui ne les empêchait pas de se servir directement sur les ceps! Notre grand plaisir était de fouler les raisins dans les bennes avec le pilon de bois. Bien sûr nous manquions de force et les hommes devaient intervenir après nous. Lorsque les bennes étaient pleines, nous accompagnions les hommes qui allaient les vider dans la cuve. Le premier soir, avant que la fermentation ne commence, on buvait le jus de raisin qui coulait de la cuve. Les plus gourmands allaient jusqu’à attraper une bonne diarrhée! Grand-mère, elle, prélevait une quantité de jus suffisante pour la confiture au raisiné et pour la carthagène. La durée de fermentation était d’une semaine, durant laquelle, matin et soir, les hommes foulaient et arrosaient la vendange. Par un robinet situé au bas de la cuve, on remplissait une benne de jus de raisin pour l’arrosage de la vendange. Les enfants étaient chargés de tourner la manivelle qui entraînait la roue de la pompe, pour faire ce travail.

Après la semaine de fermentation arrivait le jour de tirer le vin, On le faisait couler dans une benne et, toujours à l’aide de la pompe, on remplissait les tonneaux qui avaient été ébouillantés, lavés et relavés plusieurs jours auparavant. La propreté des tonneaux est très importante pour la qualité du vin. Lorsque la cuve ne coulait plus, la grappe restant dans la cuve était chargée, à la fourche, dans le pressoir, et là, plusieurs hommes actionnaient le bras du pressoir pour faire couler  » la piquette  » qui accompagnerait, entre autre, les rôties de châtaignes. Cette opération terminée, il ne restait plus qu’à porter la grappe bien sèche à l’alambic installé pour quelques jours dans le village. Le soir on irait chercher la bonbonne d’eau de vie à laquelle on avait droit au titre des bouilleurs de cru. Cette eau de vie (dont un petit verre pris avec le café du matin  » tue le ver « ) servait à la fois de digestif, de désinfectant pour les plaies, et entrait dans la préparation d’apéritifs, de liqueur etc… Les voisins de l’alambic profitaient de l’occasion pour aller chercher, avec des arrosoirs, l’eau chaude dont ils avaient besoin, Ils utilisaient beaucoup d’eau chaude pendant ces quelques jours. En riant sous cape, on laissait entendre qu’ il y avait, peut-être, quelques arrosoirs d’alcool ainsi soustraits au contrôle des  » rats de caves  » ou des gendarmes. Ah! l’odeur des vendanges! Encore aujourd’hui, en automne, j’aime flâner dans les villages viticoles et respirer à pleins poumons, m’enivrer de cette odeur qui, pour moi, est empreinte de soleil et de rires, de couleurs et de douceur de vivre.
Comme le blé, la vigne et le vin sont chargés de symboles et apparaissent comme des nourritures essentielles:  » Nous avons pain et vin. Le roi peut venir.  » Poètes et écrivains ont fait l’éloge du vin:  » Un soir l’âme du vin chantait dans les bouteilles « . Ch. Baudelaire  » L’âme du Vin2 « .  » Le vin, la plus aimable des boissons… date de l’enfance du monde.  » A. BRILLAT-SA VARIN  » Méditation des Boissons « .  » Or, Noé qui cultivait la terre se mit à planter la vigne. Puis, ayant bu du vin, il s’enivra… » Genèse 9:20-21.
1Cette foire a toujours lieu le 12/09.
2Ce serait les bulles d’une bouteille de vin mousseux de SAINT-PéRAY (Ardèche) qui auraient inspiré Ch. Baudelaire!

Recettes de Septembre

Occitan