Septembre. Récit.Novembre. Récit.

Octobre. Récit.

 » à la Saint-Luc,
A l’école, mal-instruit!  »
 » Bonjour Josette, Yvette, Nadine et Colette, bonjour! bonjour! C’est la rentrée! » Ce n’était pas à la Saint-Luc (le 18) mais chaque 1er octobre que nous nous retrouvions sur le chemin de l’école. La blouse bien repassée, les chaussettes bien tirées, les galoches bien cirées, arborant un gilet de laine neuf ou simplement rallongé, d’une couleur différente, cache-nez assorti. Souvent le premier brouillard nous accompagnait comme pour nous dire  » n’ayez pas de regrets, la belle saison est terminée  » . En rentrant dans la classe, la maîtresse nous distribuait livres, cahiers, ardoise, crayons, plumes, buvard, en nous recommandant d’avoir un petit chiffon humide dans une petite boite et un chiffon sec pour l’entretien de notre ardoise. En aucun cas nous ne devions cracher dessus et essuyer avec la main. Bien sûr, nous étions outrées par de tels propos. Vous pensez bien que nous n’aurions jamais fait ça, Nous!
D’ailleurs, toute recommandation était bien inutile, puisque cette année, nous avions pris, nous-mêmes, plein de bonnes résolutions : arriver à l’heure, avoir les ongles et les oreilles propres, les galoches cirées, ne pas bavarder en classe, ne pas copier sur la voisine, apprendre ses leçons, ne pas mettre les doigts dans l’encrier, et mettre à profit les leçons de morale. Au fait, que disait la première leçon de morale écrite par la maîtresse au tableau, avant notre entrée en classe, et que nous allions devoir recopier proprement sur notre cahier:
 » Devoirs envers les camarades de classe.  »
 » Les élèves d’une même école sont comme les enfants d’une même famille. J’aimerai donc mes camarades, je les aiderai, autant que possible, dans leurs travaux. Je ne serai à leur égard, ni jalouse, ni querelleuse, et ne dénoncerai pas leurs fautes sans nécessité. Je prendrai exemple sur les bonnes élèves et je m’efforcerai de les imiter.  » çà, alors!
En octobre, les inondations étaient fréquentes. Dans la famille on évoquait chaque année, avec émotion, le souvenir, transmis de génération en génération, de la fameuse crue de 1907 où le Rhône et l’Eyrieux avaient conjugués leurs efforts pour venir décrocher la marmite de soupe de la crémaillère ! Puis le Rhône amorçait sa décrue. Le risque de rupture de digue s’éloignait, mais l’eau d’infiltration du sol (ne pouvant être contenue dans les  » lônes « ), recouvrait la plaine et le chemin d’accès au village pendant plusieurs jours.

Là, les inondations avaient du charme. Grand-père attelait le cheval et c’est en jardinière qu’il m’emmenait, ainsi que tous les enfants du quartier, à l’école, où nous faisions une arrivée très remarquée et enviée !
Octobre, on rentre les potirons. C’est aussi le mois des champignons, de la chasse et des châtaignes.
Pendant la guerre de 39/45, les châtaignes tenaient une place importante dans l’alimentation. Vers la fin du mois, un jeudi, ma mère et moi partions de bon matin, en vélos jusqu’à la gare C.F.D. (Chemins de fer départementaux) de St-Laurent-du-Pape. Là, nous laissions nos vélos et prenions le petit train de la vallée de l’Eyrieux, jusqu’à Pont-de-Chervil où nous étions attendues par une famille amie qui nous réservait chaque année trois grands sacs de châtaignes (environ 150 kg), plus un petit sac de 5 à 6 kg. Le soir les amis nous accompagnaient à la gare. Les grands sacs, portant une marque de reconnaissance, étaient chargés dans un wagon de marchandises. Ma mère gardait avec elle le petit sac, (elle n’était pas la seule à agir de cette façon). Un grand coup de sifflet et, dans un nuage de fumée, le petit train reprenait sa route cahotante, épousant tous les méandres de la vallée de l’Eyrieux. Arrivé à quelques kilomètres de St-Laurent-du-Pape, le train ralentissait. Les employés du C.F.D. jetaient alors dans la nature tous les sacs se trouvant dans le wagon marchandises. Des habitants proches du lieu de chute, venaient les récupérer pour les cacher sous des fagots sous un hangar.
Le petit train reprenait son allure normale et entrait en toussotant en gare de St-Laurent-du-Pape où les Allemands en garnison à La Voulte, sachant que les gens empruntaient le petit train pour aller s’approvisionner en nourriture, étaient souvent là pour saisir les marchandises ramenées par les voyageurs (d’où l’utilité des  » petits sacs « , car ne rien ramener aurait paru suspect). Les jours suivants, on allait très discrètement, avec beaucoup de précautions, chercher les sacs sous les fagots chez les braves gens qui, comme les employés du C.F.D., couraient des risques énormes en aidant ainsi leurs compatriotes contre l’ordre établi par l’occupant. Arrivées à bon port, les châtaignes étaient conservées à la cave, dans du sable. Ainsi on pouvait les consommer pendant une grande partie de l’hiver.

Recettes d’Octobre

Occitan