La TuailleJanvier. Récit.

Les Santons de Provence

Il était une fois un petit village de Provence qui, pour une nuit, s’appela BéTHLéHEM!
Le mistral soufflait fort, la nuit était claire, les étoiles brillaient, il faisait froid. Les bergers qui gardaient leurs troupeaux avaient allumé un feu pour se réchauffer. Soudain, le mistral s’arrêta, une trompette retentit, un ange apparut:
« Ne craignez rien bergers, je vous annonce une bonne nouvelle: Jésus est né, courrez tous l’adorer. L’étoile du matin qui brille très fort vous guidera sur la colline vers l’étable où vous trouverez Marie, Joseph et l’enfant
nouveau-né couché sur la paille.  » Abasourdis, les bergers rentrent leurs troupeaux dans la bergerie, choisissent chacun un petit agneau pour l’offrir à l’enfant. Barthélémy prend son fifre, Nicolas sa flûte et Guilhem4 son tambourin, lis sifflent leurs chiens, saisissent leurs bâtons et prennent la route de BéTHLèHEM! Arrivés au village, ils jouent de leurs instruments
pour réveiller les habitants :  » Il est né le divin enfant! « Tous se rassemblent sur la place, d’abord incrédules à ce que leur racontent les bergers. Puis, ils décident tous de les suivre. Mais avant, ils passent chez eux fermer leurs maisons et prendre un cadeau pour le nouveau-né, il y a là:
Les bergers bien sûr, avec leurs grandes capes, appuyés sur leurs bâtons, un agneau autour du cou.
Le Maire: il ne porte pas de cadeau, mais il a ceint son écharpe tricolore. En tant qu’officier de l’état civil, ii doit aller constater cette naissance pour l’inscrire dans les registres de la Commune.
Le Garde Champêtre: Avec son bicorne à la cocarde tricolore et son tambour, il a relayé les bergers pour annoncer la bonne nouvelle aux gens des mas : un roulement de tambour et:  » Avis à la population…  » Il est également chargé de faire régner l’ordre dans la Commune.
Le Pistachier: tout dépenaillé, le bonnet de travers, une morue sèche dans une main, un panier dans l’autre d’où dépassent la pompe à l’huile et une bouteille de vin cuit. C’est qu’il pense au gros souper et aux treize desserts
Le Meunier: Un sac de farine sur l’épaule, courbé sous le poids, il est rouge et essoufflé. Pourvu qu’il n’ait pas une attaque d’apoplexie!
Le Rémouleur: Son tablier et son chapeau en cuir, un couteau à la ceinture, il pousse sa meule cahotante sur le chemin pierreux.
La vieille au fagot: un châle sur les épaules, un foulard noué sur la tête, un tablier de cotonnade, une main sur sa canne, l’autre soutenant le fagot de bois sec qu’elle porte sur l’épaule. Une bonne flambée réchauffera le tout petit.
La Poissonnière: Rondelette, bonnet blanc tuyauté, voilà la poissonnière un panier au bras. – De quoi ? Pas frais mon poisson ? Pour offrir à l’enfant elle a choisi le plus frais. – Té regardez, les anguilles se tortillent encore!
Le Bohémien: C’est un Maure. La tête ceinte d’un foulard coloré, il a une poule sous le bras, et fait très attention de rester un peu loin du garde champêtre qui représente l’autorité. C’est qu’il n’a pas la conscience bien tranquille : cette poule, il l’a volée!
La Marguerite: Très digne sur son âne, elle porte un panier recouvert d’un torchon blanc, on ne sait pas très bien ce qu’elle a mis dedans, peut-être le nougat et les mendiants pour les 13 desserts ?
Le Chasseur: Tout faraud, la gibecière en bandoulière, le fusil dans la main droite et dans la main gauche un magnifique lièvre. Le garde champêtre fronce les sourcils : on n’a pas entendu de coup de feu, il se pourrait bien que ce lièvre, il l’ait pris au collet, car tout le monde sait bien que le chasseur est un peu braconnier.
La Bohémienne: La peau et les cheveux noirs, un foulard noué à l’arrière de la tête, jupe à volants, cotillon blanc, fardée, nu-pieds, elle ne porte rien, elle n’a rien à offrir, mais elle dansera pour le nouveau né et, si Marie le veut bien, elle pourra lire dans les lignes de sa petite main.
Grasset et Grassette: Bras dessus, bras dessous sous leur grand parapluie rouge, ils montent lentement. C’est qu’ils sont si vieux ! Les yeux bleus, les cheveux blancs, leurs visages ridés comme des pommes reinettes
sont empreints de douceur et de sagesse. On dirait qu’ils se ressemblent, c’est qu’ils ont vécu si longtemps ensemble! En cheminant pour aller voir ce nouveau né, ils sont émus, ils se souviennent d’une autre naissance, celle de Maurice, leur petit fils, mon Dieu qu’il était beau ! Maintenant, il est devenu un Monsieur, il vit à PARIS et ils ne le voient pas très souvent. Bien sûr! vous les avez reconnus: Grasset et Grassette ce sont  » Les Vieux » des  » Lettres de mon Moulin  » d’Alphonse Daudet.

Me Roustide: La petite troupe est presque arrivée devant l’étable quand Maître Roustide, le plus riche propriétaire de la région, arrive tout essoufflé en criant: Au voleur! Au voleur! Le bohémien m’a volé une poule, Au voleur! Arrêtez-le! Le bohémien tente de se cacher, mais ce n’est pas facile. Le garde champêtre sort les menottes:  »  Bohémien, au nom de la loi, je vous arrête !  » Le bohémien dit:  » Mais cette poule, ce n’est pas pour moi que je l’ai prise, je l’ai prise pour l’offrir à l’accouchée, pour qu’elle puisse boire du bouillon de poule, elle est si pauvre et Maître Roustide a tant de richesses !  » Entre temps, les bergers ont poussé la porte de l’étable, et là quelle merveille ! tout est bien comme l’ange l’a annoncé aux bergers! Marie, Joseph, et l’enfant nouveau-né couché sur la paille. Pour le réchauffer, l’âne et le bœuf soufflent dessus. La douce voix de Marie s’élève:  »  Entre le bœuf et l’âne gris, Dors, dors, mon petit…  » Alors les vociférations s’arrêtent, le garde champêtre libère le bohémien; le bohémien veut rendre la poule à Maître Roustide qui lui dit:  » Garde- la, je te la donne…  »
Le Ravi: Le ravi qui avait suivi la petite troupe en sautillant et en chantonnant, lève les bras au ciel et dit: Mon Dieu que c’est beau, cette famille et tous les gens du village réconciliés!
C’est à ce moment précis qu’ils furent changés en SANTONS pour l’éternité ! Au loin, on entendit une musique:  »  De bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands rois qui partaient en voyage… » C’était les rois mages qui venaient d’Orient. Gaspard, Melchior et Balthazar adoreront l’enfant et lui offriront l’or, la myrrhe et l’encens, puis rejoindront nos braves villageois dans l’univers des SANTONS… Voilà l’histoire des Santons de Provence. Surtout ne cherchons pas de logique à cette histoire, laissons nous porter par la magie d’une nuit de Noël, où tout peut arriver!

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