Les Santons de ProvenceAvril. Récit.

Janvier. Récit.

 » Bonjour, bonne année accompagnée de bien d’autres, et le Paradis à la fin !  »
Les souhaits de nouvel an échangés, on offrait des bugnes accompagnées d’un petit verre de Carthagène aux visiteurs qui, eux, donnaient une petite pièce de monnaie aux enfants, pour leur tirelire. C’était l’étrenne du  » Père Janvier.  » Puis très vite on évoquait le froid et la neige que janvier ne manquerait pas de nous amener. Il faudrait que les hommes aillent faire du bois à la  » blache « , partent le matin en portant un casse croûte pour midi. En tirant sur la scie, ils n’auraient pas froid ! Le temps du repas, ils allumeraient un feu. A la tombée de la nuit, un bon vin chaud les attendrait à la maison.
Les femmes, elles, mettraient ce temps à profit pour faire le raccommodage,  » tourner  » les draps. Opération consistant à réunir les lisières d’un drap de lit par un surjet, puis couper le drap en son milieu (partie la plus usée) et faire un ourlet sur les nouvelles lisières. Elles feraient également un peu de tricot. Mais que mettrait-on dans la marmite?
On avait du porc dans le saloir. Les saucisses pendaient à la poutre. Les pommes de terre, sous la paille, ne risquaient pas de geler, de même que les châtaignes et les carottes dans le sable. Au potager, les choux et les poireaux résisteraient au froid. Bien protégées sous une bâche, les scaroles, nécessaires aux caillettes, attendraient la  » tuaille  » de mars.
Et puis nous aurions, peut-être, à préparer la veillée huguenote… Ces veillées se déroulaient une fois par mois, de novembre à mars, dans les familles protestantes qui les organisaient à tour de rôle. Pour ces veillées là, qui avaient un caractère plus solennel que les veillées entre voisins, on faisait un brin de toilette. Après s’être débarbouillés, les femmes retiraient leurs blouses et les hommes leurs bérets ou casquettes qui habituellement restaient vissés sur leurs têtes, même au coin du feu. Mais ces jours là on se souvenait de la parole de Jésus  » Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.  » (Matt. 18:20). Le Pasteur présidait la veillée, Il faisait une lecture biblique, l’expliquait. Puis on chantait quelques cantiques et on terminait en récitant le  » Notre Père.  » Ensuite, la veillée perdait de sa solennité. Lentement, très lentement, les langues se déliaient. C’est qu’on était intimidé par la présence du Pasteur. Encore plus s’il était accompagné de sa  » dame  » ! Pensez donc! Des gens qui, très souvent, venaient de Suisse !

Les maîtresses de maison mettaient tout leur savoir faire et leur  » foi  » pour faire des gâteaux présentables. Elles rivalisaient entre elles, mais aucune n’a réussi à égaler les choux à la crème de la Clara !
On buvait le café ou la tisane (le canon serait pour un autre jour).
Un soir après le café, grand-mère sortit du buffet la bouteille d’eau de vie dans laquelle baignait une poire et, timidement dit:
–  » Vous prendrez bien un peu de goutte, Monsieur le Pasteur ?  »
En tendant sa tasse, celui-ci s’extasia
Mais comment avez-vous fait pour rentrer cette grosse poire dans la bouteille ?
Malicieuse, grand-mère répondit:
–  » Eh bien Monsieur, on a dévissé le fond!  »
Grand éclat de rire dans l’assistance, puis quelqu’un donna l’explication, très fier de montrer à ce savant, capable de bien déchiffrer les Ecritures, que tout de même, il ne connaissait pas tout.
En levant le petit doigt, les dames sirotaient un petit verre de liqueur.
Puis on se séparait en se donnant rendez-vous le mois prochain dans une autre famille.
1. Blache: bois de chênes-rouvres.

Recettes de Janvier

Occitan