Juillet. Récit.Septembre. Récit.

Août. Récit.

 » Quand il tonne pour Notre-Dame
L’été va rendre l’âme.  »
Le 15 août, pendant que les familles catholiques célébraient l’Assomption de la Sainte-Vierge, les familles protestantes de la région se rendaient à pieds, en vélo, en jardinière et plus rarement, en voiture automobile, à Royas, hameau de St-Laurent-du-Pape, où se tenait chaque année, en souvenir des assemblées du désert (au temps où les protestants étaient interdits de culte), un grand rassemblement.
Les grands châtaigniers formaient les voûtes de la cathédrale éphémère. Après le culte de communion, souvent concélébré par plusieurs pasteurs en soutanes, on retrouvait, qui des parents, qui des amis et l’on se réunissait pour un joyeux pique-nique. L’après-midi, les enfants, comme des papillons, s’égaillaient dans la nature sous la surveillance de quelques jeunes filles de bonne famille.
Les parents, très sagement, écoutaient un conférencier les instruire sur les grandes figures du protestantisme ardéchois : Pierre DURAND martyr de la foi et sa sœur Marie qui resta prisonnière à la Tour de Constance pendant 38 ans. Aujourd’hui, la maison de Pierre et Marie DURAND au BOUSCHET DE PRANLES, Ardèche, est transformée en Musée du Protestantisme.
Vers le 20, la saison des pêches se terminait. Il n’y avait pas de repas de  » réboule » pour cette occasion, mais un goûter très  » amélioré « . Saucisson, pâté, saucisse cuite, jambon cuit (on ne mangeait pas le jambon cru : après l’avoir fait dessaler pendant 48 h, on le faisait cuire longuement dans une grande quantité d’eau. Il devait refroidir dans l’eau de cuisson), picodons,  » Bleu d’Auvergne  » et pour couronner le tout « la Bombe glacée à la vanille  » qu’on devait aller chercher chez le pâtissier de LA VOULTE, à la toute dernière minute. On la ramenait dans une boite cylindrique métallique, entourée de papier journal. Pour la circonstance, on achetait également des allumettes (rectangles de pâte feuilletée glacée au sucre). Enfin, on faisait sauter le bouchon d’une bouteille de vin  » mousseux « .
Ce goûter pantagruélique marquait, certes, la fin de la saison des pêches mais annonçait aussi le prochain départ du  » goûter paysan  » qui s’en irait le 24 août à la foire de Vernoux et ne reviendrait que le 25 mars prochain à la foire de Saint-Laurent-du-Pape.

Pour la Saint-Barthélemy, si la terre était suffisamment humide, on semait raves, navets et raiforts.
Le  » goûter  » est parti? Qu’à cela ne tienne, la vogue de LA VOULTE est là pour nous réjouir!
La vogue de LA VOULTE se déroulait chaque année fin août. C’était une grande fête: les gens venaient de la Drôme, du Pouzin, de Saint-Laurent-du-Pape, de Beauchastel, de partout. Il faut dire qu’à cette date, les travaux de la campagne faisaient relâche, entre les moissons, les pêches et les vendanges à venir.
La fête commençait le samedi avec la retraite aux flambeaux et le bal. Le dimanche, il y avait des joutes nautiques. Les équipes venaient de Givors, de CONDRIEU, de ST-PIERRE-DE-BœUF, de BOURG-LèS-VALENCE. Les gens se rassemblaient sur les berges du Rhône.
Quelle émotion quand, précédées par la fanfare, les équipes arrivaient au bord du fleuve, chacune derrière son drapeau. Les rameurs avaient fière allure, tout de blanc vêtus, le canotier garni d’un ruban rouge, la rame sur l’épaule. Les jouteurs, eux, avaient la tête couverte d’un bonnet, la longue lance de bois sur l’épaule. Et quand, du haut du tabagnon, un jouteur poussait son adversaire à l’eau, un frisson parcourait l’assistance.
Les attractions foraines se trouvaient sur la place du marché:
– Le manège pour les enfants avec ses chevaux de bois et ses porcelets roses qui montaient et descendaient le long d’un tube métallique, puis le cygne blanc et le carrosse de la fée Carabosse
– Pour les grands: les chaises volantes ; il ne fallait pas avoir mal au cœur ! Les voitures tamponneuses qui faisaient des étincelles. La chenille qui montait et descendait des montagnes russes, puis tout d’un coup, dans un long sifflement, recouvrait tout son monde d’un grand manteau vert.
– La  » carabasse » : pour une petite pièce de monnaie on lançait soi-même la roue et, avec un peu de chance, on gagnait un verre de pralines roses.
-La grande loterie: là on achetait 10 petits billets numérotés. Le propriétaire de la loterie faisait tourner une grande roue et si l’aiguille s’arrêtait sur le bon numéro, on pouvait gagner une poupée de chiffon, un coussin brodé et quelquefois un carillon qui sonnait les heures!
–  » Avec qui voulez-vous lutter? » Sur une estrade, 3 hommes de tailles et de corpulences différentes montraient leurs biceps. Les volontaires payaient une mise à une femme fardée au décolleté provoquant et disparaissaient sous une tente avec le lutteur choisi. Après, mystère! Le mystère était encore plus grand pour le mur de la mort. Là, les amateurs de sensations fortes étaient invités à payer pour aller voir des hommes qui, parait-il, montaient aux parois d’un grand foudre en bois avec leurs motos ! Je ne sais pas ce qui se passait exactement, mais quel bruit!
– Pas de vogue sans berlingots, nougats, pommes cramoisies et collantes, cacahuètes et surtout sans les  » chiches  » (mélange de caramel au lait et de caramel dur, à vous décrocher la mâchoire!)
– à la nuit, la foule regagnait les berges du Rhône pour assister aux feux d’artifice qui, souvent, étaient plus beaux que ceux du 14 juillet!
Après les feux, dans tout ce tumulte, on arrivait à se rencontrer entre parents ou amis. Alors, on allait s’asseoir à la terrasse d’un café. Les cafetiers avaient mis des tables et des chaises jusqu’au milieu de la route.
Là, on commandait des bouteilles de bière et de limonade, les enfants choisissaient un sirop  » rouge  » ou  » vert  » et, tout en buvant, on parlait de la fête bien sûr, mais aussi de la famille, des récoltes, de la pluie ou de la sécheresse selon les années. La vogue, comme la foire, était un lieu où s’échangeaient toutes les nouvelles.
Minuit, l’heure d’aller se coucher pour les uns, l’heure d’aller danser jusqu’à 3 ou 4 h du matin, pour les autres.
Le lundi, la vogue battait encore son plein. Tard dans la nuit, les lampions de la fête s’éteignaient jusqu’à l’année suivante.

Recettes d’Août

Occitan